woman meditation

par Molly Chatalic - Article tiré de : Femmes, féminismes et religions dans les Amériques, Presses universitaires de Provence, 2018 - Actes du Panel Femmes, Féminisme et Religions, coordonné par Blandine Chelini-Pont et Florence Rochefort. Congrès annuel 2013 de l’Institut des Amériques “Femmes dans les Amériques”.

Molly CHATALIC est Maître de conférences à l’Université de Bretagne Occidentale et membre de du laboratoire de recherche HCTI. Son travail de recherche porte sur la culture américaine (religions, féminisme, groupes minoritaires, contre culture) et la culture tibétaine (religion, littérature, identité)

L’implantation du bouddhisme est beaucoup plus ancienne en Amérique du Nord que dans le sud des Amériques. Il avait en effet commencé à s’y établir dès le milieu du xixe siècle. Le développement des vagues successives du mouvement féministe aux États-Unis durant ces mêmes décennies a abouti à une féminisation progressive du bouddhisme nord-américain. Les femmes bouddhistes y sont actives dans l’enseignement, la défense de l’environnement, les domaines de la thérapie et de l’art et la réflexion théorique, et leur représentation est aussi nombreuse que celle des hommes bouddhistes dans de multiples fonctions. Après un tour d’horizon de ces diverses avancées, nous étudierons les rôles joués par les femmes bouddhistes dans les pays du sud des Amériques. Nous nous intéresserons en particulier à leur conscience des questions féministes et de leur propre importance dans l’émergence d’un bouddhisme sud-américain. Nous nous interrogerons sur le degré d’interaction et d’influence mutuelles entre femmes bouddhistes du Sud et du Nord des Amériques.

La question d’un bouddhisme féminin ou féministe américain est déjà apparue depuis une vingtaine d’années et doit maintenant s’élargir pour inclure le Sud des Amériques. Les prémices de cette recherche tentent de déterminer quelles sont les similarités ou les différences entre le continent Nord et le continent Sud des Amériques pour ce qui est de la place de la femme dans le bouddhisme et pour savoir s’il y a des interactions ou des échanges entre les deux sphères. La nature, les contraintes et l’histoire religieuse de la grande variété de sociétés que l’on trouve en Amérique du Sud doivent nécessairement être prises en compte. Des différences notables avec le Nord de l’Amérique apparaissent, le féminisme ayant moins percé dans les pays d’Amérique Latine et du Sud. Il y a également une certaine émulation du Nord ou une dynamique Nord-Sud qui influence les pratiquantes du bouddhisme des pays de l’Amérique du Sud.


Bouddhisme américain Nord et Sud

L’implantation du bouddhisme dans les Amériques est un phénomène ancien aussi bien dans le nord que dans le sud des Amériques, car le bouddhisme a pu arriver avec les premiers Chinois qui s’installèrent au Mexique dès la fin du xviiie siècle ou qui ont débarqué en Nouvelle Angleterre au début du xixe siècle, à peu près à la même époque que les premiers Chinois furent amenés au Brésil pour y cultiver du thé (vers 1812). Par contre, son expansion et son fort développement sont un phénomène plus ancien en Amérique du Nord que dans les pays de l’Amérique du Sud, en partie dû à l’intérêt manifesté par des intellectuels ou artistes non bouddhistes pour cette nouvelle philosophie (les Transcendentalistes et les « Brahmanes de Boston » en particulier). Le développement des vagues successives du mouvement féministe aux États-Unis en conjonction avec l’implantation du bouddhisme durant ces mêmes décennies a abouti à une féminisation progressive du bouddhisme nord-américain. Après un tour d’horizon des divers accomplissements des bouddhistes américaines, nous nous intéresserons aux rôles joués par les femmes bouddhistes dans les pays du sud des Amériques. Nous nous interrogerons en particulier sur le degré d’interaction et d’influence mutuelles entre femmes bouddhistes du Sud et du Nord des Amériques.

Évoquons d’abord quelques chiffres : on estime qu’il y a entre 350 millions et plus d’un milliard et demi de bouddhistes dans le monde. La difficulté de donner des chiffres exacts vient du fait qu’il n’y a pas de registres ni d’autorité centrale recensant le nombre de pratiquants. Il n’y a pas non plus de façon unique de se définir en tant que bouddhiste. Si l’on prend un chiffre médian, le nombre de femmes bouddhistes pourrait se situer autour de 300 millions. Dans les Amériques, les bouddhistes représenteraient 0,86 % de la population avec un pourcentage plus fort en Amérique du Nord (1,56 %) comparé à l’Amérique Centrale (0,34 %), aux Caraïbes (0,17 %) et à l’Amérique du Sud (0,13 %)1. On voit nettement avec ces chiffres que nous avons à faire à un phénomène encore très minoritaire. Ces chiffres se rapprochent en général de ceux d’autres groupes religieux tels ceux des juifs ou des musulmans. Pour ce qui est du contexte religieux dominant, on peut rappeler que celui de l’Amérique du Nord est en majorité protestante, alors que celui de l’Amérique du Sud reste majoritairement catholique. Bien qu’il demeure discret dans ses manifestations là où il s’implante, le bouddhisme suscite souvent la curiosité et l’intérêt de personnes en recherche de voies spirituelles alternatives aux courants dominants et jouit en général d’un capital de sympathie assez élevé qui rend cette implantation peut-être plus aisée que pour d’autres religions « nouvelles » dans les pays du continent américain.


Femmes dans le bouddhisme nord-américain

Les femmes ont manifesté leur autonomie de pensée tout au long de la brève histoire religieuse des États-Unis depuis les procès répressifs de Salem en 1692, en passant par les nombreuses femmes ayant fondé leurs propres sectes ou groupes chrétiens (citons Anne Hutchinson, Ann Lee, Mary Eddy Barker, etc.), jusqu’aux premières voix de dissension au sein du catholicisme (par exemple celle de Sister Therese Kane lors de la visite de Jean Paul II aux États-Unis en 1979), à l’excommunication de Sonia Johnson de l’Église mormone également en 1979, et à l’émancipation de femmes au sein de l’Église épiscopalienne lors de la première ordination de vingt-neuf femmes pasteurs à Philadelphie en 1974. Il y a eu aussi plus récemment la condamnation du Leadership Conference of Women Religious en avril 2012 par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi dans l’Église Catholique. Dans le bouddhisme, il n’y a pas eu de luttes d’émancipation retentissantes mais plutôt une révolution souvent qualifiée de « silencieuse » ou de « calme » (quiet) mais qui a tout de même marqué de façon essentielle le caractère du bouddhisme américain.

Le développement du bouddhisme aux États-Unis en dehors des communautés ethniques asiatiques a surtout pris son essor depuis les années 1950 et 1960, et ceci en conjonction avec les deuxième et troisième vagues du féminisme américain respectivement dans les années 1960 et 1990. On a donc assisté à une féminisation progressive du bouddhisme nord-américain dans lequel les femmes sont devenues actives dans l’enseignement, dans la défense de l’environnement, dans les domaines de la thérapie et de l’art et dans la réflexion théorique. En outre, leur représentation est aussi nombreuse que celle des hommes bouddhistes dans de multiples fonctions. Cette égalité de fait est un aspect innovateur dans une tradition religieuse ou spirituelle qui est connue pour ces aspects patriarcaux bien établis.

Parmi les enseignantes bouddhistes les plus connues actuellement, on peut citer Pema Chodron, Sharon Salzberg, Jaqueline Mandell, Bobby Rhodes, Jan Chozen Bays, Helen Harkaspi, Tsultrim Allione, Pat Enkyo O’Hara, Wendy Egyoku, Bonnie Myotai Treace, Dai En-Bennage, Karma Lekshe Tsomo, Lama Palden, Cheri, et Thubten Chodren parmi d’autres. Cette liste de noms féminins est un clin d’œil aux litanies de noms de maîtres qui sont très souvent récitées pendant les pratiques bouddhistes traditionnelles et qui peuvent choquer par leur caractère presqu’exclusivement masculin. Parmi les enseignantes bouddhistes qui s’intéressent en priorité à la défense de l’environnement on trouve Joan Halifax, Joanna Macy et Stephanie Kaza dont les publications portent sur ce sujet précis. Il y a également de très nombreuses psychologues, thérapeutes et artistes femmes qui conjuguent leur formation occidentale avec leur pratique bouddhiste. Une des premières américaines à avoir formalisé une réflexion théorique sur le bouddhisme est l’universitaire et pratiquante Rita Gross dont les écrits portent sur différents aspects de cette nécessaire féminisation d’un système encore trop patriarcal par certains côtés. Avec d’autres, elle soulève des questions concernant directement les femmes : les enfants, la famille, la sexualité, l’autorité, la violence, et ceci en lien avec la pratique ou une société bouddhistes. La sous-représentation et l’invisibilité des femmes dans le bouddhisme, même américain, est apparente dans le nombre de maîtres et d’enseignants hommes, dans le langage utilisé dans les traductions des textes canoniques, et dans l’absence de noms de personnages féminins dans les listes de noms des maîtres de lignée comme il a été dit plus haut. La sous-représentation des femmes bouddhistes asiatiques par rapport aux non-asiatiques dans le bouddhisme américain met aussi en évidence une autre invisibilité, double cette fois-ci puisqu’elle est d’ordre ethnique et sexuel. Nous n’avons trouvé que deux exemples de groupes bouddhistes asiatiques aux États-Unis sous la direction d’une femme : un temple coréen et une école chinoise Mahayana.

Alors que certains temples sont dirigés par des enseignantes investies pour ce faire par leur lignée comme le San Francisco Zen Center, ou le temple Won à New York, d’autres le sont par des enseignantes bouddhistes américaines affranchies de toute autorité. Une fois formée dans telle ou telle lignée ou école, ces femmes fondent à leur tour des centres et des groupes sous leur propre autorité. C’est le cas des centres de Manzanita Village, de Sukkhasiddhi, de Tara Mandala, et d’Upaya. Ceci nous semble être une caractéristique typique de la féminisation du bouddhisme en Occident. Ces enseignantes font souvent leur propre chemin sans entrer en compétition ou en conflit avec les hommes, et sans avoir besoin de leur aval non plus. L’affranchissement de l’autorité masculine se fait sans coup d’éclat particulier. Tout dépend de leur degré de confiance en elles-mêmes, de leur investissement personnel, ainsi que de la confiance que leur accorde le groupe qu’elles inspirent.

Plus récemment, la question des abus sexuels ou des abus de pouvoir de certains maîtres bouddhistes sur leurs disciples est de plus en plus discutée et dénoncée dans le contexte du bouddhisme nord-américain, et plusieurs articles et livres ont été publiés à ce sujet, dont The Zen Predator of the Upper East Side, par le journaliste Mark Oppenheimer, qui traite du cas du maître Zen japonais Shimano 2. Ces dénonciations semblent également liées à une montée du bouddhisme qui pourrait être qualifié de « féministe ». Dans presque tous les cas, il s’agit d’enseignants hommes ayant abusé de leur position d’autorité sur des disciples femmes, sauf dans le cas peut-être de Catherine Burroughs 3.


Femmes dans les bouddhismes du Sud

À l’heure  actuelle, les recherches académiques sur le bouddhisme en Amérique du Sud sont encore rares 4. Ceci pourrait s’expliquer par une implantation assez récente du bouddhisme dans les différents pays de cette partie du globe. On y trouve une prédominance des écoles japonaises et chinoises traditionnelles, ainsi que de l’école Zen Soto, et du Soka Gakkai, mais d’autres groupes, tibétains en particulier, commencent également à s’y faire connaître. À une échelle moindre, presque chaque école majeure serait représentée dans un pays ou l’autre. Les bouddhistes restent très minoritaires en Amérique du Sud parmi une majorité toujours chrétienne, surtout catholique. Selon l’étude de Frank Usarski effectué en 2010 pour un journal publié par le gouvernement Sri Lankais, les bouddhistes sud-américains seraient 500 000, répartis entre environ 600 groupes (27 % pour les groupes de bouddhisme tibétain, 25 % pour le Sokka Gakai, 22 % pour les groupes Zen, 3 % pour le Theravada)5. On peut supposer que les 23 % restants représentent les écoles traditionnelles chinoises ou japonaises. Le Brésil regroupe la moitié de la population totale de l’Amérique du Sud, et comprend environ 270 000 bouddhistes et environ 300 centres (autrement dit les bouddhistes représentent seulement 0,14 % de la population mais sont plus médiatisés que les nombreux autres groupes minoritaires (tels les Témoins de Jéhovah, (0,6 %) ou les Adventistes du Septième Jour (0,7 %). Plusieurs groupes bouddhistes ont leurs sièges ou temples principaux au Brésil qui sert donc de point de ralliement pour les membres dispersés dans d’autres pays et pour les grands rassemblements.

Les temples traditionnels japonais et chinois sont encore majoritairement sous direction masculine. Nous n’avons trouvé qu’un seul cas d’une enseignante s’étant émancipé de cette autorité et ayant fondé son propre centre (à l’instar de nombreuses enseignantes américaines) : il s’agit de Claudia Souza de Murayama 6, qui fut nommée à la tête d’un temple traditionnel et élue présidente de la Fédération Brésilienne des Sectes Bouddhistes avant de fonder son propre temple, le Tenzui Zen Dojo qui accueille en particulier les convertis et sympathisants. Par contre, on peut trouver beaucoup de responsables et de membres féminins dans les groupes d’écoles bouddhistes plus récentes, essentiellement composés de Sud-Américains non-asiatiques, par exemple dans les groupes Shambala ou les divers groupes tibétains. Selon un lama argentin qui dirige avec sa femme un groupe de bouddhisme tibétain ainsi qu’une retraite traditionnelle de trois ans établie depuis 1983 : « Buda fue extremadamente innovador en todos los sentidos, fue el primer feminista, el primero que destruyó la idea de castas, el primer ecologista7. » Qualifier ainsi le Bouddha historique de premier féministe et de premier écologiste donne bien le ton de l’évolution en cours dans le bouddhisme du continent américain.

Un constat s’impose : de nombreuses responsables de centres ont été formées aux États-Unis, en Europe (notamment en Espagne) ou en Asie (au Japon en particulier). Ce faisant, elles ont pu assimiler des valeurs ou des attitudes qu’elles n’auraient pas forcément développées si elles n’étaient pas parties, les transmettant à leur tour dans la société du pays où elles œuvrent. De très nombreux nouveaux groupes bouddhistes d’Amérique du Sud sont également reliés à des centres ou groupes aux États-Unis dont ils peuvent adopter les normes (Vipassana-MIT de Jon Kabat Zinn, Ordre de l’InterEtre de Thich Nhat Hanh, White Plum Lineage).


Interaction Nord-Sud dans le bouddhisme au féminin

Quel est donc le degré d’interaction et d’influence mutuelles entre femmes bouddhistes du Sud et du Nord des Amériques ? Ces échanges semblent fonctionner surtout dans une dynamique qui part du Nord vers le Sud avec un rayonnement par divers vecteurs des bouddhistes étatsuniennes. De nombreux livres écrits par des bouddhistes étatsuniennes en anglais ont été traduits en espagnol ou en portugais et sont également connus dans les pays d’Amérique du Sud. Les enseignantes d’Amérique du Nord sont connues et servent de modèles par le fait surtout qu’elles ont été des précurseurs dans cette évolution vers une féminisation du bouddhisme. Leur réflexion ou activisme dans le domaine de l’environnement, ainsi que dans ce qu’on appelle le bouddhisme engagé, surtout dans les questions qui touchent de près les femmes, servent également de référence bien que les situations dans les divers pays qui composent l’Amérique du Sud soient beaucoup plus diversifiées. On peut se poser la question de savoir si les variables dans les deux cas sont comparables au niveau de l’éducation, du milieu social, de l’empreinte religieuse traditionnelle des sociétés dans lesquelles ces femmes évoluent. Les femmes impliquées dans le bouddhisme dans les pays du Sud semblent issues, à l’instar de leurs sœurs du Nord, de classes aisées et éduquées et avoir autour de la quarantaine en moyenne. Les codes sociaux des relations entre les sexes dans leurs sociétés respectives peuvent néanmoins présenter des variations notables. Dans les deux cas cependant, il y a des expériences de violence au quotidien, quelles que soient les formes que prennent celles-ci.

Comme nous l’avons dit, les États-Unis ont été précurseurs dans leur expérience du féminisme et dans la prise de conscience de questions qui concernent la moitié de l’humanité (et même toute l’humanité par interdépendance). Par ricochet, cette évolution se fait beaucoup plus rapidement dans le temps dans d’autres pays qui profitent de cette expérience et qui en tirent des leçons en rapport avec leur propre société ou situation. Ainsi la féminisation du bouddhisme se fera peut-être beaucoup plus rapidement dans les pays d’Amérique du Sud. Bien que les écoles ou lignées, groupes ou centres bouddhistes fonctionnent encore en vase clos avec très peu d’interactions entre eux, la conscience féminine a tendance à regarder au-delà des strictes barrières et à chercher des modèles ailleurs dès qu’elle commence à s’affranchir de l’autorité. Si réseaux il y a entre bouddhistes féminins dans les Amériques, il s’agirait plutôt de réseaux informels basés sur l’exemple, le mentoring, l’influence ou le soutien moraux. En Amérique du Nord, il existe trois ou quatre revues bouddhistes à très large diffusion qui offrent un forum d’échange aux bouddhistes de toutes les écoles et qui traitent souvent de la question féministe. De telles revues n’existent pas encore dans les pays du Sud où se pose aussi la question de la langue (portugais au Brésil, espagnol partout ailleurs) 8. Par contre, les réseaux sociaux sont une nouvelle forme de plateforme de communication utilisée par les femmes bouddhistes du Sud, à l’instar de la page Facebook et du blog de Mujeres Budistas Argentinas 9 créée par Adriana Etsuho.

Le seul réseau formel ou structuré qui existe au niveau transnational pour les femmes bouddhistes est en effet celui de Sakhyadhita qui rassemble des membres de toutes les nationalités à travers le monde 10. Cette organisation fut fondée par une nonne et universitaire américaine, Karma Lekshe Tsomo, en 1987 à Bodhgaya en Inde, et organise des conférences toutes les deux ans sur le modèle de colloques ou de séminaires avec des communications sur un éventail de questions très large concernant le monde bouddhiste au féminin. Mais sa représentation est encore limitée à l’Amérique du Nord, à la France, au Royaume Uni, à l’Allemagne et à quelques pays asiatiques.

 

Conclusion

Est-ce qu’on peut parler de réseaux bouddhistes féminins nord-sud ? Ces réseaux semblent actuellement limités aux écoles spécifiques avec éventuellement des échanges entre le nord et le sud (et des visites du sud vers le nord) mais avec peu d’interaction directe entre des femmes de différentes lignées bouddhistes. Ainsi, on parlera plutôt d’une dynamique d’influences indirectes (filtrant des États-Unis vers les états d’Amérique du Sud), influences informelles mais bien présentes.

Le bouddhisme se développe rapidement en Amérique du Sud actuellement, et la conscience féministe y semble aussi influencée par des développements nord-américains (avec des aspects écologiques, des choix de vie alternative, la lutte contre la violence, le bouddhisme engagé, etc.). Comme en Amérique du Nord, on trouve toujours beaucoup de femmes (pratiquantes mais enseignantes aussi) dans les groupes bouddhistes du Sud, mais encore très peu de modèles de maîtres ‘indépendants’ contrairement aux développements états-uniens. Le féminisme bouddhiste du Sud est à ses débuts balbutiants, et il ne semble pas encore y avoir d’écrits ou de discussions sur les scandales, sur la famille et les enfants, sur la possibilité ou plutôt la difficulté de vivre en tant que nonne dans les sociétés d’Amérique du Sud. On peut se demander quel rôle pourra jouer à l’avenir l’organisation Sakhyadhita dans le développement d’un réseau transnational, d’une conscience bouddhiste féminine internationale qui inclurait les pays d’Amérique du Sud. Pour le moment, l’influence Nord/ Sud semble encore se faire principalement par les écrits (par le biais de la diffusion de publications et de traductions), et par l’exemple d’autres femmes bouddhistes actives (pour ne pas dire militantes), mais les réseaux restent informels ou circonscrits à l’intérieur d’une même école.

Notes

1 https://en.wikipedia.org/wiki/Buddhism, page consultée le 18 mars 2013. Selon les sources consultées, les pourcentages et chiffres peuvent varier, mais restent sensiblement dans les mêmes fourchettes.

2 http://www.theatlantic.com/features/archive/2014/12/the-zen-predator-of-the-upper-east-side/383831/, page consultée le 16 janvier 2015.

3 Voir The Buddha from Brooklyn : A Tale of Spiritual Seduction, Martha Sherrill, New York, Vintage Books, 2001.

4 Frank Usarski (de la Pontifícia Universidade Católica de São Paulo au Brésil) a posté récemment plusieurs articles sur le bouddhisme dans différents pays d’Amérique du Sud sur le site Academia. Certains articles sont écrits en collaboration avec Rafael Shoji. Catón Eduardo Carini a écrit sa thèse sur le bouddhisme Zen en Argentine et a publié plusieurs articles sur le sujet.

5 « Buddhism in South America, An Overview with Reference to the South American Context », in Frank Usarski, 2600 Years of Sambuddhatva, Global Journal of Awakening, Ministry of Buddhasasana and Religious Affairs, Government of Sri Lanka, 2010, essay no 35, p. 527-540.

6 Claudia Souza de Murayama a suivit sa formation bouddhiste au Centre Zen de Los Angeles puis au Japon.

7 « Buda fue el primer feminista y ecologista », Diciembre 2011 tamaño de la fuente, Escrito por Susana Parejas, http://www.elplanetaurbano.com/index.php/reportajes/item/69-buda-fue-el-primer-feminista-y-ecologista, page consultée le 30 novembre 2013.

8 Douze numéros de la revue Revista de Estudios Budistas furent publiés entre avril 1991 et mars 1998. C’est la seule revue bouddhiste spécifiquement à destination de l’Amérique du Sud que nous ayions trouvée. D’autres revues sont publiées en espagnol en Espagne.

9 http://mujeresbudistasinvueltas.blogspot.fr, page consultée le 15 janvier 2015.

10 http://www.sakyadhita.org, page consultée le 18 janvier 2015. La 15e Conférence Internationale de Sakhyadhita se tiendra en juin 2017 à Hong-Kong. Jusqu’à présent toutes les conférences ont eu lieu dans des pays asiatiques. Il n’existe pas de représentation de Sakhyadhita en Amérique du Sud et nous n’avons trouvé qu’un lien vers des traductions en espagnol sur leur site, http://sakyadhita.org/resources/languages.html, page consultée le 18 février 2017.

Avec l’aimable autorisation du Professeur Molly Chatalic 

Source : https://books.openedition.org/author?name=chatalic+molly

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